Davy Beaudart dans Voiles et voiliers

Davy Beaudart dans Voiles et voiliers

Davy Beaudart, roi des Canaries

Il était le favori au départ de Douarnenez. Et il n’a pas failli. Davy Beaudart a frappé un grand coup en remportant haut la main la première étape de la Mini Transat 2015 sur Flexirub, son proto signé David Raison. Portrait

Davy Beaudart arrivée Lanzarote

De la belle ouvrage pour Davy Beaudart à bord de son plan David Raison. Et la belle histoire ne fait que commencer.Photo @ Mini Transat – Îles de Guadeloupe

Le Morbihan l’a vu naître, dans la petite ville de Ploemeur distante de quelques kilomètres de Lorient. Davy Beaudart est donc un produit pur beurre enrichi aux embruns. Ceux des plages du Fort-Bloqué ou des Kaolins. Nonobstant, son goût pour le large n’est pas venu dès le berceau. Si son père avait la passion des bateaux, c’était plutôt à terre, pour leur donner une nouvelle jeunesse. Notre skipper n’a donc guère de souvenirs de longues croisières familiales. Ses rêves de large sinuant uniquement dans la lecture de récits d’aventures maritimes ou dans les magazines. Il ne se prend de passion pour la navigation que plus tard, sans passer par une filière quelconque, comme la plupart des jeunes gens de son âge du Pays de Lorient. « Mon père n’a jamais été un grand marin. Son plaisir était de retaper des coques. Alors que j’avais une quinzaine d’années, il a récupéré un Pogo 6.50 complètement cassé. Nous l’avons réparé et je dois mes premières véritables sensations sur l’eau grâce à cet engin. Une vocation soudaine. Ensuite, il y a eu des navigations en IRC, nombres de régates dans la région et des courses avec Yves Le Blévec en Multi50. Faire la Mini à l’époque était irréaliste pour moi et surtout très compliqué. Les années passant, en fréquentant le circuit, l’envie a grandi, » explique le trentenaire.

Vient donc une première participation à la Mini en 2009 avec un abandon, suivie fort heureusement par une belle cinquième place en 2011 sur un Pogo 2. La même année, en achetant un chantier naval où il était salarié, à Hennebont, Davy Beaudart met encore un peu plus le pied dans la course au large : « Je suis le seul salarié de Nauty’Mor. Spécialisé dans la préparation de pas mal de bateaux de course notamment en peinture. Une deuxième passion et surtout un quotidien me permettant de vivre avec ma petite famille. D’ailleurs, sur cette Mini, je me suis à peu près occupé d’un quart des bateaux, qu’ils soient Proto ou Série. Pour des gros dossiers, je fais appel à des boites extérieures. Hors saison de course, j’ai des 40 pieds, mais aussi des 50 pieds comme FenêtréA. Le développement des activités nautiques sportives sur Lorient a été un bon booster pour mon chantier et la liste d’attente est longue. »

Flexirub Davy Beaudart

Le skipper d’Hennebont est arrivé avec son Proto à 10 h 34 à Lanzarote ce samedi 26 septembre, homme et bateau apparaissant en pleine forme.Photo @ Mini Transat -Îles de Guadeloupe

Partir pour la gagne

Après la victoire de David Raison en 2011, l’envie de mieux faire sur la Mini dépasse la… raison. Il faut à tout prix concourir avec un prototype. Et le meilleur. La page s’ouvre donc à nouveau pour lui :« C’était pour moi avant tout un défi technologique. Un projet novateur avec l’idée de partir pour la gagne. Je suis donc allé voir David, à mon avis le seul architecte qui pouvait me donner ce que je voulais. Je suis arrivé ainsi avec un cahier des charges, lui demandant de faire mieux que sonMagnum. Je souhaitais un bateau confortable, avec des caractéristiques au portant améliorées. Mon Mini a sa patte mais avec mes envies. La coque a été fabriquée dans le midi, dans le chantier Tocatec d’Hervé Devic, un orfèvre du carbone. En revanche, j’ai achevé le puzzle dans mon chantier jusqu’à sa mise à l’eau en 2014. »

Le voici donc à Lanzarote. Davy Beaudart vient d’achever sa première étape tonitruante après 6 jours, 19 heures et 4 minutes, à la vitesse moyenne de 7, 63 nœuds. Ses poursuivant tirent encore la langue dans leur reptation vers les Canaries. L’homme avait la voix claire et l’œil pétillant en touchant le ponton de la marina bien évidemment déserte, sa performance étant noyée dans le champagne de circonstance : « Je suis vraiment content de moi. D’avoir fait un bon boulot grâce à un bateau magique. Qui plus est, il est arrivé dans un état impeccable. Rien n’a bougé. C’est la suite logique de tout le travail effectué en amont et donc pour moi une grande fierté. En fait, j’ai pu être à 100% tout le temps. Il est vrai que c’était parfois invivable car nous avons eu souvent des vitesses importantes. Un véritable shaker à l’intérieur qui m’empêchait vraiment de dormir. Avec des mouvements très violents. »

Flexirub arrivée 1ere étape Mini

En 6 jours, 19 heures 04″46″ », Davy Beaudart remporte la première étape de la Mini Transat 2015 entre Douarnenez et les Canaries.Photo @ Mini Transat – Îles de Guadeloupe

La chanson des safrans

Après la pétole des premières heures de course, la chanson de la quille et surtout celle des safrans ont en effet immergé le skipper dans une atmosphère à la fois euphorisante mais aussi angoissante.« Quand le front est venu de l’Ouest, même si le vent n’était pas très fort, la mer était vraiment dure, très croisée. Sur un bateau de croisière, cela n’aurait pas posé de problème mais avec nos engins légers, en carbone et ultra raides, tout est violent au-delà de 15 nœuds. Pour le matériel et le bonhomme. C’est de la Formule 1 en planche puissance 10. Les safrans rentrent en résonnance assez rapidement. Cela est plutôt agréable car cela veut dire que le bateau va vite. Le plus gênant c’est le bruit de la mer sur la coque, » ajoute le vainqueur de cette première étape de 1 257 milles théoriques. Rapidement en tête peu avant le passage du cap Finisterre, Davy Beaudart a plutôt bien vécu la suite de la course : « Dans la longue descente, la course n’a pas été très physique. Sans trop de manœuvres sur les longs bords. C’était plus difficile mentalement car il fallait tenir le rythme mais se dire que cela passe. A un moment, il faut débrancher le cerveau qui te dit de lever le pied et au contraire continuer à allumer. En fait, je ne ressors pas fatigué. Après le Portugal, il y a eu de grands bords au portant, avec de la vitesse pure où j’ai pu me reposer beaucoup. Sur le dernier tiers de course, j’ai barré seulement 20% du temps. En restant aux écoutes. Là aussi je pense avoir bien bichonné mon pilote avant le départ. »

Champagne pour Beaudart

Davy Beaudart peut être satisfait de sa performance. Il a largement dominé la concurrence.Photo @ Mini Transat -Îles de Guadeloupe

Solitude

Les règles de la Classe Mini veulent que les communications soient limitées. Un état de fait qui n’a pas freiné ses ardeurs : « Le manque de conversation ne me gène pas en général. Le souci, c’est de ne pas savoir où sont les autres. Pour la stratégie et les placements sur le plan d’eau, c’est compliqué. Il faut donc deviner potentiellement où est la concurrence. On fait donc notre course, en essayant de faire du mieux possible. On voit après au classement BLU quotidien ce que cela donne. Même si les données sont des distances de rapprochement au but. Je l’avoue, j’ai appelé par VHF tous les jours mais après la pointe d’Espagne, personne n’a répondu… »

Les écarts sont déjà importants avec les petits camarades. Après une semaine à Lanzarote pour préparer son Flexirub, Davy Beaudart rentrera à Hennebont pour retrouver sa compagne et leur petite fille. Le quotidien  du chantier également après cette parenthèse victorieuse. Il sera bien temps, dans un mois, de penser au gros morceau de cette Mini Transat – Îles de Guadeloupe. Son principal objectif. Un tronçon de 2 764 milles vers Pointe-à-Pitre demandant pugnacité et concentration.